작품 상세

MANET EDOUARD (1832-1883) L'ILLUSTRE PEINTRE FRANÇAIS. Lettre autographe signée, 6 ¾ pages in-8 ; « à bord du Hanovre et Guadeloupe », 15-22 décembre [1848]. Sur papier pelure. EXTRAORDINAIRE MISSIVE ECRITE A L'AGE DE SEIZE ANS, ALORS QU'IL S'EST EMBARQUE SUR LE VAISSEAU-ECOLE HANOVRE ET GUADELOUPE. Manet raconte à sa mère son départ du Havre au bruit des canons : « ... [Nous] avons fait de bruyants adieux aux Havrais réunis en foule sur la jetée... Le temps était magnifique, la mer très belle... ». Depuis ce soir-là, ils n'ont plus vu la terre. Les jours suivants, il a été « ... horriblement malade du mal de mer. Le temps est alors devenu affreux ; on ne peut pas se figurer la mer quand on ne l'a pas vue agitée comme nous l'avons vue, on ne se fait pas une idée de ces montagnes d'eaux qui vous entourent... quelle vie monotone que cette vie de marin, toujours le ciel et l'eau, toujours la même chose, c'est stupide... ». 16 décembre. Le beau temps est revenu. « ... on nous fait monter dans les cordages... », laver les lits, le poste qui était « ... une infection... je suis dans les gabiers du mât de misaine... nous nous mettons vigoureusement à la manoeuvre... ». 17 décembre. Mauvais temps. « ... tous ces gens-là sont vraiment étonnants, ils sont toujours contents, toujours gais, malgré la dureté du métier... ». Ils ont bu du champagne au dîner et trinqué avec le commandant, qui est gentil. Le capitaine en second « ... est un vrai brutal, un loup de mer qui vous tient raide et vous bouscule joliment bien... ». Le soir après dîner, ils chantent sur la dunette « ... des coeurs des chansonnettes... ». 18 décembre. Temps affreux. Ils sont à la hauteur du golfe de Gascogne. Le commandant s'amuse à tuer des oiseaux de mer. 19 décembre. Temps magnifique. « ... nous commençons nos classes aujourd'hui, cela va assez bien... ». Ils arriveront bientôt à Madère où une chaloupe portera et prendra le courrier. « ... Peut-être apprendrons-nous alors le nom de notre président ; vous êtes peut-être agités en ce moment à Paris, pourvu que nous n'ayons pas la guerre civile, c'est si affreux... ». Le docteur a mis des lignes pour pêcher le thon, qu'on appâte avec « ... une bouteille bien fermée d'un bouchon rouge... ». 20 décembre. Mauvais temps. Le pain est rationné, et Manet apprécie peu le biscuit de mer. « ... pour moi je fais des conserves de pain, j'en chippe partout où j'en peux trouver et je le cache dans ma case... ». 21 décembre. Pluie. « ... Nous n'avons pas eu classe de mathématiques ce matin. Le professeur est encore malade du mal de mer... ». Il donne son emploi du temps quotidien : « ... à 6 h ½. branle bas, tout le monde monte sur la dunette et l'on passe l'inspection de l'officier de quart. à 8 heures 1er déjeuner à 8 h. ½ étude jusqu'à 10 h. moins le quart jusqu'à dix heures récréation à 10 h. La bordée de babord va à la classe de mathématique, (je suis de cette bordée), à 11 heures ½ on déjeune, à 1 h classe de littérature pour les babordais, à 2 heures et demie récréation jusqu'à 3 heures à 3 heures classe d'anglais pour tous les élèves à 4 h. dîner ; jusqu'à sept heures récréation puis étude jusqu'à 9 heures et à 9 heures branlebas. Aujourd'hui jeudi nous avons eu une leçon de pratique malgré le mauvais temps et nous avons passé le reste de la journée dans notre poste à fumer à jouer aux dominos aux dames etc... ». 22 décembre. Un bâtiment en vue l'incite à clore sa lettre. Il embrasse famille et amis.