작품 상세

Aref El-Rayess (Liban, 1928-2005) Lot de 22 lithographies originales signées de El-Rayess Lot de 22 lithographies originales signées de El-Rayess Dimensions : – 13 œuvres mesurent 34,9 × 49,9 cm – 9 œuvres mesurent 50 × 35 cm Lithographie Réalisée en 1974 Dédicacées à Joseph El-Kayem, signées "Amitiés, El-Rayess" ou variantes Langue des titres : Arabe (sauf une en français) Détail des œuvres : "En attendant le dirigeant" (انتظار القياده - aintizar alqiada) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess 974" "Scène de théâtre" (مشاهد من المسرح) Dédicacée à Joseph (illisible) – "Amitiés, Al-Rayess 974" "Pleurer sur le passé" (بكاء على الماضي) Dédicacée "à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 74" "Dans le tiers monde" (في العالم الثالث) Dédicacée "à Joseph El-Kayem – Al-Rayess 974 "Accord" (الوفاق) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 974" "Les réincarnés" ( المنتقلون ) Dédicacée à Joseph – "Mon amitié, El-Rayess, 1974" "Pionniers de l’espace, charpentiers d’armes, prophètes de l’époque" (رواد الفضا نجار السلاح ، انبياء العصر) "Le pétrole – Le monstre – Le public" (titre en français) – Dédicacée à Joseph El-Kayem – "El-Rayess 974" "Il y a ceux qui continuent" (هنالك من يستمر) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Mes amitiés, El-Rayess, 974" "Dimanche" (يوم الاحد) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 974" "Le chercheur de l’anneau de Labayk" (الباحث عن خاتم لبيك) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 1974" "Solutionneur de problèmes" (حلال المشاكل) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 974" "Le cercueil du martyr" (نعش الشهيد) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 974" "Que certains après la bataille" (ذلك البعض بعد المعركة) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 974" "La fille du pays" (بنت البلد) Dédicacée à Joseph El-Kayem – El-Rayess 974 "Réveillez vous" (استيقظوا) Dédicacée à Joseph El-Kayem – El-Rayess 974 "La résurrection avant l’événement" (ذلك البعث قبل المحركة) Titre et dédicace en arabe "Ceux d’en haut et ceux d’en bas" (الذين فوق والذي تحت) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 1974" Le développement et la préparation ( الإنماء والتحضير ) Dédicacée à Joseph – "Amitiés, El-Rayess, 1974" "L’œil vigilant" (عين لا تنام) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 1974" "L’intellectuel lorsqu’il devient spectateur" (المثقف عندما يصير متفرجاً) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "Amitiés, El-Rayess, 974" "Que certains perdent la bataille" (ذلك البعض خلال المعركة) Dédicacée à Joseph El-Kayem – "A. Rayess, 74" les “Dessins de la Voie de la Douleur” Entre Alger et Beyrouth, Aref El Rayess traverse, au milieu des années 1970, une période de création marquée par une intensité tragique. La guerre civile libanaise devient le fondement et le foyer de son expression plastique. Longtemps, ses œuvres de cette époque ont été interprétées comme une succession d’images-chocs, destinées à frapper l’œil et la conscience. Pourtant, cette lecture réductrice ne rend pas justice à la complexité ni à la profondeur d’un travail animé par une nécessité intérieure plus que par une volonté de dénonciation spectaculaire. La douleur collective au Liban avait atteint un tel niveau qu’elle tendait à submerger toute tentative d’analyse formelle ou symbolique. On s’est trop souvent arrêté à l’émotion brute, à la violence des formes, au cri. Mais Aref El Rayess ne se contente pas de peindre la guerre : il en propose une transposition, presque un rituel, où l’image devient mémoire, interrogation et résistance. Son regard n’est pas celui d’un témoin passif, mais d’un artiste habité par l’histoire qui s’effondre sous ses yeux. Au-delà des toiles les plus connues, plusieurs dessins et œuvres de petit format offrent un regard complémentaire sur cette période, notamment ceux qu’il dédie à Joseph El-Kayem entre 1974 et 1976. Ces œuvres, souvent réalisées à Alger ou au Liban, portent des titres d’une portée poétique, politique ou existentielle : “En attendant le dirigeant” (انتظار القياده), “Scène de théâtre” (مشاهد من المسرح), “Pleurer sur le passé” (بكاء على الماضي), “Dans le tiers monde” (في العالم الثالث), ou encore “Accord” (الوفاق). D’autres titres, plus allusifs encore, comme “Les réincarnés” (المنتقلون), “Il y a ceux qui continuent” (هنالك من يستمر), ou “Que certains après la bataille” (ذلك البعض بعد المعركة), soulignent la dimension méditative et critique de sa production graphique. Ces œuvres dédicacées à Joseph El-Kayem révèlent aussi une part plus personnelle de son engagement. Derrière chaque composition se devine une conversation, un dialogue muet entre l’artiste et son destinataire, dans une amitié partagée au cœur d’un monde en ruine. Dans “Le pétrole – Le monstre – Le public”, El Rayess, en français cette fois, semble orchestrer une fable moderne où les forces de l’argent, de la violence et du spectacle se superposent. Avec “Le chercheur de l’anneau de Labayk” (الباحث عن خاتم لبيك), “Solutionneur de problèmes” (حلال المشاكل), ou “Le cercueil du martyr” (نعش الشهيد), l’artiste navigue entre mythe et chronique, entre symbolisme universel et tragédie contemporaine. La récurrence des dates de dédicace – majoritairement en 1974 – suggère une concentration d’intensité créative précédant l’éclatement total de la guerre. Ces œuvres ne sont pas anecdotiques ; elles s’inscrivent dans une même logique plastique et idéologique que ses grands formats : elles déploient une cartographie de l’effondrement, de l’absurde, du déni d’humanité. On y retrouve la même tension entre le dessin maîtrisé et l’énergie du geste, entre la figure identifiable et l’abstraction signifiante. À travers cette série, Aref El Rayess ne se contente pas de figer l’instant historique. Il construit une œuvre qui dépasse l’événementiel pour devenir une forme de méditation plastique sur l’injustice, la trahison des idéaux, et l’échec des utopies politiques. Son regard se fait tour à tour acerbe, ironique, douloureux. Il use de la satire comme d’un scalpel, avec une lucidité implacable. Ses œuvres sont peuplées de figures hybrides : prophètes désabusés, spectateurs indifférents, monstres politiques, pionniers désorientés. C’est dans cette densité de signes, dans cette orchestration de symboles contemporains et intemporels, que réside le génie d’Aref El Rayess. Il fait du dessin un espace de combat, de deuil et de mémoire. Le Liban qu’il dessine est à la fois concret et métaphysique, ravagé mais habité, perdu mais regardé en face. Et ces dessins offerts, discrètement signés “El-Rayess 974”, sont autant de fragments d’un testament plastique, où l’amitié s’unit à la révolte silencieuse d’un homme face au naufrage de son pays.